Titre de la thèse
Régulation des algues proliférantes par arrachage et repeuplement d’herbivores (Tripneustes gratilla et Siganus argenteus) : évaluation expérimentale et modélisation multi-agents
Contexte scientifique et enjeux
Les récifs coralliens constituent des socio-écosystèmes essentiels, assurant des fonctions écologiques, économiques et culturelles majeures en Océanie. Les macroalgues y jouent un rôle fondamental en participant à la structuration des habitats, au soutien des réseaux trophiques et à la dynamique sédimentaire. Cependant, une prolifération croissante de certaines espèces algales est aujourd’hui observée dans de nombreux récifs, notamment chez les Sargassaceae (Turbinaria).
Ces proliférations peuvent altérer fortement le fonctionnement des récifs coralliens et menacer les services écosystémiques associés.
Face à cette situation, différentes initiatives de restauration se développent en Polynésie française, portées par des associations, des pêcheurs et des comités de gestion des rāhui. Ces initiatives reposent notamment sur l’arrachage manuel des macroalgues proliférantes et sur le repeuplement d’herbivores tels que l’oursin Tripneustes gratilla (“Hava’e”) et le poisson Siganus argenteus (“Marava”). Bien que prometteuses, l’efficacité de ces actions dans un contexte de changement global, et leur dimensionnement optimal pour réguler les algues proliférantes tout en minimisant l’impact sur les algues non-proliférantes, restent encore inconnus.
Objectifs de la thèse et axes de recherche
L’objectif principal de la thèse est d’évaluer l’efficacité et la durabilité des stratégies de régulation des macroalgues proliférantes reposant sur l’arrachage des algues et le repeuplement d’herbivores. Le travail visera à déterminer dans quelles conditions ces actions permettent de limiter les proliférations algales, tout en tenant compte des effets du changement global (augmentation des températures, des apports terrigènes et de la pression de pêche sur les herbivores). La thèse cherchera également à développer un outil de modélisation capable de simuler différents scénarios de gestion à l’échelle récifale.
Le premier axe portera sur l’étude expérimentale des interactions macroalguesherbivores dans des mésocosmes thermorégulés. Ces expérimentations permettront d’évaluer l’effet de différents scénarios de température sur la croissance des 2 macroalgues proliférantes, la performance des herbivores, ainsi que leurs capacités de broutage. Les résultats obtenus serviront à développer une première modélisation ABM intégrant les interactions entre macroalgues, oursins, poissons herbivores, et température.
Le deuxième axe visera à extrapoler ces résultats à l’échelle du récif à travers des suivis réalisés dans un rāhui de Tahiti. Des campagnes d’arrachage d’algues et de relâchés d’herbivores seront accompagnées de suivis écologiques avant et après intervention afin d’évaluer leur efficacité dans différents contextes environnementaux, notamment selon l’exposition aux apports terrigènes. Le modèle développé sera spatialisé à l’échelle du récif et confronté aux données de terrain afin de valider sa capacité prédictive.
Le troisième axe s’intéressera aux interactions entre régulation écologique et activités de pêche. Des enquêtes halieutiques seront menées auprès des pêcheurs afin de caractériser l’évolution des pratiques et des captures avant et après les actions de gestion. Ces données permettront d’intégrer les pêcheurs au sein du modèle multiagents afin d’explorer comment gérer l’activité de pêche d’oursins et de poissons herbivores pour que les relâchés permettent de réguler les algues proliférantes tout en bénéficiant également aux pêcheurs.
Environnement de travail
Le doctorant ou la doctorante sera basé(e) à l’Ifremer de Vairao et rattaché(e) à l’UMR SECOPOL et à l’Université de la Polynésie française. La thèse s’appuiera également sur une collaboration étroite avec le Criobe (UAR-3278) au travers du programme prioritaire de recherche Solubiod-AMWI.
Profil recherché
Le ou la candidate devra être titulaire d’un Master 2 ou équivalent en dynamique des population, écologie, et modélisation. Un intérêt marqué pour les interactions macroalgues-herbivores, l’écologie récifale et les approches interdisciplinaires est attendu.
Des compétences en analyses de données et en modélisation sous R seront particulièrement appréciées. Une expérience de terrain avec une bonne endurance physique sera également requise, compte tenu de l’importance du suivi de terrain associé au projet. Le ou la candidate devra également faire preuve d’autonomie, de capacité d’adaptation, et de curiosité scientifique.
Candidature
Le dossier de candidature devra comprendre un CV détaillé, une lettre de motivation, ainsi que les coordonnées de référents académiques.

