Tahuna iti, un motu en mouvement : plantes et oiseaux marins au rythme de la géomorphologie.

Tahuna iti, un motu en mouvement : plantes et oiseaux marins au rythme de la géomorphologie.

Tahuna iti, un motu relativement intact abritant une biodiversité aviaire unique (crédit Henry Louvrier)

Entre les mois de mars et juin 2026, Henry Louvrier effectue des relevés de la biodiversité végétale et aviaire sur Tahuna iti à Teti’aroa. Il a pour objectif d’établir le lien entre la biodiversité aviaire, la végétation et la géomorphologie dynamique de ce « motu manu ».

Sur les atolls de Polynésie française, certains motu dénommés « îles aux oiseaux » ou « motu manu », ont la particularité d’abriter des communautés aviaires importantes et diverses.

Un des exemples les plus connus est le motu sablonneux Tahuna iti de Teti’aroa qui a la double particularité d’être un motu relativement intact (exempt de rats et faiblement impacté par les activités humaines), et de se déplacer au fil du temps par l’action des évènements climatiques extrêmes (fortes houles, cyclones).

Tahuna iti, un motu en mouvement : plantes et oiseaux marins au rythme de la géomorphologie.
Tahuna iti, un motu en mouvement : plantes et oiseaux marins au rythme de la géomorphologie.

Tahuna iti et ses colonies d’oiseaux marins (crédit Benoît Stoll)

En effet, ce motu s’est déplacé de plus de 200m depuis 1955 et les effets de cette dynamique géomorphologique sur les communautés végétales et aviaires sont peu comprises.

Tahuna iti, un motu en mouvement : plantes et oiseaux marins au rythme de la géomorphologie.
Tahuna iti, un motu en mouvement : plantes et oiseaux marins au rythme de la géomorphologie.

Henry Louvrier relève le trait de côte de Tahuna iti avec un GPS centimétrique (crédit Benoît Stoll)

Cette première étude multidisciplinaire, à l’interface entre géomatique, botanique et ornithologie, permettra de déterminer comment les communautés d’oiseaux répondent aux changements des communautés végétales façonnés par l’histoire géomorphologique du motu.

Tahuna iti, un motu en mouvement : plantes et oiseaux marins au rythme de la géomorphologie.
Tahuna iti, un motu en mouvement : plantes et oiseaux marins au rythme de la géomorphologie.

Relevé au GPS d’une placette et comptage des oiseaux (crédit Benoît Stoll)

Henry Louvrier, stagiaire en Master 2, Biodiversité, écologie et évolution, Ecologie Evolutive et Fonctionnelle à Sorbonne Université, a effectué des relevés botaniques sur 90 placettes circulaires de 5m de rayon chacune dans les différentes zones d’ancienneté de Tahuna iti dont les plus vieilles remontent à avant 1955 (première prise de vue aérienne disponible).

Tahuna iti, un motu en mouvement : plantes et oiseaux marins au rythme de la géomorphologie.
Tahuna iti, un motu en mouvement : plantes et oiseaux marins au rythme de la géomorphologie.

Henry Louvrier mesure le DBH d’un Pisonia grandis (crédit Henry Louvrier)

Il ainsi pu documenter le processus de colonisation du sable par les herbacées ainsi que les différentes étapes de succession végétale naturelle : arbustes, végétation de savane pour finir en forêt ouverte puis fermée.

Tahuna iti, un motu en mouvement : plantes et oiseaux marins au rythme de la géomorphologie.
Tahuna iti, un motu en mouvement : plantes et oiseaux marins au rythme de la géomorphologie.

Colonisation par des plantes indigènes sur Tahuna iti (crédit Jean-Yves Meyer)

L’échantillonnage aviaire a, quant à lui, été effectué 4 fois, à un mois d’intervalle pour prendre en compte la saisonnalité de la reproduction des oiseaux.

Tahuna iti, un motu en mouvement : plantes et oiseaux marins au rythme de la géomorphologie.
Tahuna iti, un motu en mouvement : plantes et oiseaux marins au rythme de la géomorphologie.

Sternes huppées (Thalasseus bergii) nichant au sol dans les herbacées (crédit Jean-Yves Meyer)

Cette étude pilote permettra, avec une meilleure compréhension des processus sous-jacents, de mieux caractériser, localiser et préserver ces motu d’une importance considérable pour le secteur touristique mais surtout pour la biodiversité terrestre des atolls de Polynésie française.

 

Chercheurs de l’UMR-SECOPOL du projet :

Simon Ducatez et Jayna DeVore – ornithologues

Jean-Yves Meyer – écologue terrestre et botaniste

Benoît Stoll – géomaticien

Financeurs : UMR-SECOPOL de l’Université de la Polynésie française & Tetiaroa Society

Références :

Benoît Stoll, Tobias Fischer, Julie Daniellot-Dejoux, Marania Hopuare, Frank Murphy, Tetiaroa diachronic geomorphology 1955 -2023 Monitoring the shoreline and vegetation cover of tropical atoll in the climate change context, Journal of Interdisciplinary Methodologies And Issues In Science, JIMIS 14063, Vol. 12 – Sciences de l’information géographique et mesures environnementales, January 2025

M Philip, S Ducatez, JL DeVore, Drivers of variation in yellow crazy ant (Anoplolepis gracilipes) abundance and impacts on native fauna in an atoll ecosystem, Conservation Science and Practice 8 (3), e70187, 2026